Economie & Finance

Stratégie d'investissement et perspectives 2020

Le 19 février, il était question de marchés financiers au centre de conférence de la Banque Cantonale du Valais à Sion. Destinée aux professionnels du Valais romand, la rencontre a réuni quelque 90 participants.

Le pendant haut-valaisan de cette conférence aura lieu début mars à Naters.

Daniel Rotzer, Sous-directeur BCVs et économiste responsable a abordé la stratégie d’investissement et les perspectives 2020. Angela de Wolff, Associée fondatrice Conser &Vice-présidente Swiss Sustainable Finance a poursuivi, traitant de la finance durable « au-delà des préjugés ». Interviews.
 

Angela de Wolff, Associée fondatrice Conser &Vice-présidente Swiss Sustainable Finance

Angela de Wolff, les placements durables sont-ils un effet de mode ?
Non, ce n’est pas un effet de mode mais un changement structurel. Le monde change, les préoccupations et les sensibilités évoluent, la finance s’adapte et doit intégrer cette nouvelle réalité. 

Quels intérêts un investisseur peut-il trouver dans ces placements ?
Un double bénéfice : 

  • mieux estimer les risques (expositions à des entreprises controversées) et donc assurer une performance plus stable sur le long terme,
  • obtenir de la traçabilité et de la transparence sur son portefeuille – savoir dans quoi il investit et donc mesurer les  impacts positifs ou négatifs de ses investissements. 

La finance peut-elle avoir une réelle influence sur le développement durable ? 
Oui, la finance est un moteur du changement – elle a le pouvoir d’orienter le capital vers des activités plus ou moins durables - sa capacité d’influencer l’économie de demain est considérable

Quelle est la situation en Suisse ?
Pragmatique, la Suisse a adopté très tôt cette philosophie d’investissement, dès fin des années 90. L’absence de pression politique et la crise financière ont toutefois ralenti le processus jusqu’en 2015. Actuellement, notre industrie est en mode d’accélération tant en raison d’une pression politique qu’une sensibilité accrue du public.

Selon vous, faut-il légiférer pour amener des investissements responsables ?
Le cadre réglementaire se renforce fortement en Europe (plan d’action pour la finance durable), cela va influencer sûrement les pratiques en Suisse. Les initiatives parlementaires se multiplient d’ailleurs dans notre pays. L’essentiel est de garder une réglementation légère et intelligente – plutôt incitative, qui fasse la part belle à la transparence et donne le choix à l’investisseur.
 

Daniel Rotzer, Sous-directeur BCVs et économiste responsable

Daniel Rotzer, comment voyez-vous le début de l’année 2020 ?
L’année 2020 a débuté avec deux chocs exogènes, c’est-à-dire des évènements qui ne pouvaient pas être prévus. Tout d’abord, l’assassinat d’un militaire iranien par les Américains a mis en état de choc le monde politique. Puis, le Coronavirus s’est propagé en Chine. Malgré ces évènements, les marchés actions ont atteint de nouveaux records tandis que les taux étatiques ont baissé davantage. Cette évolution montre à nouveau que les investisseurs comptent sur les Banques centrales. Ces dernières, cas échéant, viendraient soutenir les activités lors d’une détérioration de la situation économique. De plus, le Président Trump n’a aucun intérêt à fâcher les marchés financiers dans une année d’élection présidentielle.

Quelle influence les élections américaines ont-elles sur les marchés ?
Depuis 1980, je constate que le marché des actions américaines évolue de manière très volatile durant les six mois précédant la date de l’élection. La situation ne devrait pas être différente cette année. 

Les premiers résultats des primaires démocrates donnent au coude à coude le politicien de gauche, Bernie Sanders, et le jeune centriste Pete Buttigieg.

Après le 3 mars, date à laquelle près de 40% des délégués auront été élus, nous aurons une vision plus claire sur le candidat présidentiel des démocrates. Du côté républicain, le Président Trump n’a quasiment pas de concurrence. Depuis 1944, seuls trois présidents n’ont pas été réélus et ont tous été confrontés à des rivaux au sein de leur parti. A mon avis, une réélection du Président Trump serait plus favorable au marché qu’un président démocrate.

Y’a-t’ il d’autres éléments majeurs auxquels il faudra être attentif ?
Avec des taux directeurs bas et des programmes d’assouplissement, les Banques centrales appliquent une politique dans une mesure jamais vue jusqu’à présent. Tout cela est justifié pour autant que l’inflation reste à un niveau acceptable. Une augmentation abrupte de cette dernière pourrait vite remettre en question la politique des Banques centrales. Deuxièmement, la politique occupera tout au long de l’année le devant de la scène avec, par exemple, la négociation de la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni ou encore l’imposition des revenus des sociétés IT au sein de l’OCDE.

Et le coronavirus dans tout cela ?
Au-delà du drame humain, le Coronavirus devrait avoir un impact limité sur l’économie en général. La consommation en Chine va diminuer et quelques chaînes de production globales vont être interrompues au 1er et 2e trimestre de cette année. Néanmoins, le nombre de personnes infectées ne cesse d’augmenter et ce n’est pas avant l’été et ses températures plus élevées que le virus devrait se dissiper. 

Vos conseils aux investisseurs pour les prochains mois ?
Nous restons favorables dans l’économie globale en 2020. Dans nos diverses stratégies d’investissement, nous gardons le niveau de risque en-dessus de l’allocation stratégique en misant sur des obligations plus risquées qui offrent des rendements intéressants. Les attentes de croissance des bénéfices des entreprises pour 2020 étant très élevées, celles-ci devraient être revue à la baisse en raison du Coronavirus et de son impact. Nous avons donc vendu des actions récemment. De plus, nous gardons de l’or dans nos portefeuilles en prévision d’une éventuelle hausse des incertitudes. Par contre, il est important et primordial d’être investi de manière diversifiée et de le rester, même dans une phase de correction. Avec des taux d’épargne proche de zéro et des perspectives de hausse de taux limitées, investir est devenu la nouvelle forme d’épargne.
 

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