« C’est une occasion unique pour Crans-Montana et le Valais »
Une énorme ambiance et tout à coup le silence. Il y a quarante ans, les Championnats du monde ski de Crans-Montana 1987 ont rencontré un énorme succès, populaire et sportif. Au milieu de cette joie, un souvenir marquant et triste : la chute du géantiste valaisan Joël Gaspoz, qui avait course gagnée à quelques portes de l’arrivée. Comme beaucoup, Eric Bianco s’en rappelle parfaitement. Il était au bord de la piste.
Ces souvenirs resurgissent dans les mémoires, à mesure que se rapprochent les futurs Championnats du monde ski. Crans-Montana les organise à nouveau du 1er au 14 février 2027. C’est justement au pied de la Nationale, dans le nouveau stade d’arrivée, que s’est tenue le 20 août la dixième édition de la Rentrée de l’économie valaisanne (REV). Eric Bianco, chef du Service de l’économie, du tourisme et de l’innovation (SETI) participait à la table ronde qui traitait des retombées économiques, touristiques et sportives de cet important événement. Comment le canton du Valais se positionne face à ces manifestations sportives ? Quels bénéfices en retirer ? Entretien avec le responsable du SETI.
Eric Bianco, à quelles retombées le Valais doit s’attendre ?
Les retombées directes seront conséquentes, mais aujourd’hui difficiles à estimer. L’objectif est de générer entre 30 à 40 millions de retombées directes. Évidemment ces Championnats sont avant tout porteurs pour la destination de Crans-Montana. Elle est en première ligne et a tout à y gagner. Ils lui permettent de se repositionner sur la carte des lieux emblématiques, comme une station où il fait bon vivre, disposant d’un bon équilibre entre offre hivernale et estivale.

Les retombées directes seront conséquentes, mais aujourd’hui difficiles à estimer. L’objectif est de générer entre 30 à 40 millions de retombées directes.
Le Valais devrait aussi en retirer des bénéfices ?
Oui, l’idée est de dépasser les retombées pour la simple destination. Le Canton est lié à au Comité organisation par un mandat de prestations, qui fixe un certain nombre d’exigences. Des engagements ont été pris, notamment de travailler avec des prestataires valaisans, et on s’assure qu’ils soient respectés. Le Valais doit être mis en exergue dans toutes ses composantes, ce qui comprend aussi des retombées en termes d’image. On travaille en toute intelligence avec la destination.
Ce contrat implique des engagements financiers ?
Par décision du Conseil d’Etat, 4 millions de francs ont été accordés - 3 sous forme d’avance de fonds de roulement et 1 sous forme de garantie de déficit - pour soutenir l’organisation des Championnats. Notre engagement ne se limite pas à cette somme. Certains frais ont été exonérés, par exemple les frais de police ou de secours pour environ 800'000 francs. Du côté des investissements, la construction de l’infrastructure du stade d’arrivée a été soutenue pour un montant de l’ordre de 8 millions de francs et un montant similaire a été investi dans la mise à niveau de l’infrastructure de transport. En l’occurrence il s’agit de travaux usuels, mais priorisés compte tenu de cet événement mondial. Ainsi, l’Etat du Valais aura engagé une vingtaine de millions de francs, dont plus de 16 millions constituent des investissements pérennes dans nos infrastructures sportives et routières. Ils profiteront durablement à l'ensemble de la région et à nos jeunes bien au-delà de l'événement.
Les Championnats du monde constituent une vitrine inestimable pour notre région ?
La société de promotion intersectorielle du Valais, Valais-Wallis Promotion, doit exploiter tous les potentiels de promotion de nos produits du terroir, de notre authenticité, de notre innovation, et évidemment du Valais comme lieu de séjour, de vie et de travail attractif. Une organisation sans faille sera la clé, tout comme la qualité de notre accueil. Les résultats sportifs positifs de nos skieurs seront la cerise sur le gâteau, sachant que la moitié de notre clientèle touristique est suisse. Enfin, ces Mondiaux seront également l’occasion de mettre en valeur la meilleure expérience de l’hiver, dans un paysage blanc sous un ciel bleu, qui fait la force du Valais. En début d’année, la vallée de Conches a accueilli des courses de Coupe du monde de ski de fond. Les retransmissions TV ont montré un magnifique paysage immaculé, un ciel bleu, de l’ambiance au bord de la piste, c’était parfait.
Qu’est-ce qu’un tel événement raconte de notre économie ?
Le retour des faîtières est extrêmement positif. L’événement montre notre capacité à fédérer l’ensemble des bonnes volontés autour d’un projet d’envergure, organisé dans le respect des budgets. Un principe loin d’être évident. Il démontre aussi tout un savoir-faire et un sérieux qui conduisent au succès, populaire et financier. On aimerait toutefois accentuer le développement d’une chaîne de valeurs de prestataires. Des organisateurs de manifestations font évoluer un modèle qui était basé, il y a encore quelques années, uniquement sur le bénévolat, vers un modèle professionnel. Ce dernier vient compléter et non concurrencer les structures bénévoles toujours indispensables à la réussite d’une organisation. Cela est nécessaire pour assurer la mise sur pied de grandes manifestations. L’échelon mondial reste compliqué et nécessite un fort soutien des pouvoirs publics.
L’événement montre notre capacité à fédérer l’ensemble des bonnes volontés autour d’un projet d’envergure, organisé dans le respect des budgets.
Le Canton a-t-il une volonté politique de renforcer l’accueil de grands événements sportifs sur son territoire ?
Cette volonté existe, mais le Canton n’a pas vocation d’être organisateur. Cela doit rester l’affaire de comités avec un fort ancrage dans l’économie locale ou à l’échelle de la région. Sans vouloir citer de grandes fédérations sportives internationales, il existe une tendance claire à vouloir monétiser les gros événements pour son propre bien. Elles doivent cependant comprendre qu’une région candidate doit aussi s’y retrouver en matière de retombées positives. Cela permet d’assumer les contraintes imposées par la tenue de tels événements, plutôt que de les subir. Ce doit être une vision gagnant-gagnant. Or, on a parfois l’impression que cet aspect tombe dans l’oubli. Donc oui, le Valais entend se positionner, mais pas à n’importe quel prix. Et surtout en toute cohérence avec notre stratégie touristique.
Les Championnats du monde de VTT, organisés en 2025 en Valais, répondaient aux critères ?
C’est l’exemple idéal, super intéressant pour le Valais. Il existait une organisation commune entre plusieurs destinations, qui couvrait l’ensemble du canton. Tout le Valais a été mis en avant. Les retombées se sont vues au niveau des dépenses, de la fréquentation, du tourisme et de la visibilité médias. Nous étions très satisfaits, car tout le Valais touristique a tiré à la même corde et cela a permis de mettre en avant le Valais tout entier comme une destination « bike », à l’exemple du carton de la Castle Ride BCVS, sur les divers réseaux.
Nous devons aussi penser en termes d’héritage. Si l’événement suscite des vocations, tant mieux. Les jeunes qui s’adonnent au vélo deviendront nos ambassadeurs. La démarche est similaire pour le ski : sensibiliser notre jeunesse aux activités « outdoor » en général, et hivernales en particulier. C’est un défi. Mais nous disposons de la plus belle salle de gym extérieure qui soit. Le cadre est juste exceptionnel.
Rentrée de l'économie valaisanne - Stade d'arrivée des Championnats du monde de ski alpin 2027 - Crans-Montana - 20 août 2026
La REV a été fondée en 2017 par la Banque Cantonale du Valais (BCVS) et le Groupe Mutuel. L’événement est orchestré en collaboration avec plusieurs partenaires : le Bureau des Métiers, la Fédération des Entreprises Romandes Valais (FER Valais), l’Union Valaisanne des Arts et Métiers (UVAM), l’Association Valaisanne des Entrepreneurs du bâtiment et du génie civil (AVE). Chaque année, la REV réunit le monde de l’économie et de la politique pour réseauter en toute convivialité, pour échanger, pour nouer des relations et, pourquoi pas, pour développer des opportunités professionnelles.

Par Bertrand Crittin 








