
Market Weekly - L'économie à l'épreuve des chocs en série
Le retour de l'offre : un nouveau régime économique
Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales vivaient dans un monde obsédé par une seule question : comment soutenir une demande durablement trop faible. Taux proches de zéro, inflation sous la cible pendant toute la décennie 2010, rendements allemands passés en négatif en 2019 - l'offre suivait sans effort la moindre reprise de la demande.
Les règles du jeu changent
Ce monde a disparu. Depuis la pandémie, les chocs qui dictent la conjoncture viennent d'un manque d'offre, pas de demande : engorgements post-Covid, guerre en Ukraine, attaques en mer Rouge, sécheresses sur le Rhin, droits de douane américains, et désormais le blocus du détroit d'Ormuz, qui privait le marché d'environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole avant sa fermeture. À chaque fois, le même mécanisme : moins de capacité de production disponible, plus de pression sur les prix.
Ce basculement change les règles du jeu. Les pics d'inflation deviennent plus fréquents, faute de capacités excédentaires pour absorber un choc sans faire monter les prix. La politique monétaire perd en efficacité : baisser les taux stimule la demande, mais ne fait pas repasser un pétrolier par Ormuz. Et la relance budgétaire devient plus inflationniste, avec un effet d'éviction sur l'investissement privé - on en voit déjà un écho avec l'endettement massif des géants technologiques pour l'IA, qui concurrence directement les États sur le marché obligataire.

Dans un monde piloté par l'offre, la vraie question n'est plus de relancer la demande, mais d'élargir la capacité productive de l'économie.
Jusqu’à quand tiendra l’économie ?
L'histoire offre un précédent : les deux chocs pétroliers des années 1970, quand l'embargo de l'OAPEC puis la révolution iranienne avaient fait plus que doubler le baril à deux reprises, plongeant l'économie dans la stagflation. La leçon n'est pas qu'un choc isolé fait dérailler l'économie - c'est l'accumulation de chocs qui, à la fin des années 1970, avait fini par désancrer les anticipations d'inflation. Avec Ormuz qui s'ajoute à une liste déjà longue depuis 2020, la question n'est plus de savoir si l'économie peut encaisser un choc d'offre, mais combien elle peut en encaisser.
Ces épisodes provoquent toutefois aussi leurs propres remèdes : les chocs des années 1970 avaient poussé les États-Unis à devenir exportateurs nets d'énergie, et le blocus actuel pousse déjà plusieurs pays à sécuriser des routes alternatives. Dans un monde piloté par l'offre, la vraie question n'est plus de relancer la demande, mais d'élargir la capacité productive de l'économie.
Par Clara Raffner