
Market Weekly - Les obligations n'ont pas disparu
Les obligations perdent leur ancien rôle
Depuis le début du siècle, la logique classique d’un portefeuille diversifié était simple : les actions apportent la croissance, les obligations assurent la stabilité. Lorsque les marchés actions baissaient, les obligations d’État avaient souvent tendance à progresser, car les investisseurs recherchaient la sécurité et les banques centrales réduisaient les taux. Cette corrélation négative a longtemps fait la force du portefeuille traditionnel 60/40.
Ces dernières années, ce mécanisme s’est toutefois fragilisé. Depuis le choc inflationniste qui a suivi la pandémie, actions et obligations évoluent plus souvent dans la même direction. Lorsque l’inflation, les déficits publics ou les doutes sur la politique monétaire dominent, les rendements obligataires montent. Cela entraîne une baisse des prix des obligations, mais aussi une pression sur les valorisations des actions.
L’instrument ne change pas, son environnement oui
La récente tension sur les marchés obligataires mondiaux illustre bien ce problème. Aux États-Unis, les rendements ont atteint des niveaux pluriannuels, alimentés par les craintes d’inflation, la hausse des prix du pétrole et les inquiétudes liées au financement budgétaire. Dans le même temps, les marchés actions ont également reculé. La partie du portefeuille censée amortir les pertes peut donc elle-même devenir une source de risque.

Les obligations n’ont pas disparu. Mais leur rôle dans un portefeuille doit être analysé avec davantage de précision.
Cela ne signifie pas que les obligations ont perdu toute utilité. Après la forte remontée des rendements, les revenus courants sont aujourd’hui bien plus attractifs qu’il y a quelques années. En cas de récession ou de recul marqué de l’inflation, les obligations d’État pourraient aussi retrouver une fonction stabilisatrice. Le changement principal ne concerne donc pas l’instrument lui-même, mais l’environnement.
La diversification reste essentielle
Pour les portefeuilles diversifiés, la diversification reste essentielle, mais elle est moins automatique. Il ne suffit plus de combiner actions et obligations d’État de longue durée en supposant que les deux classes d’actifs s’équilibreront toujours. La duration, l’inflation, les devises, la qualité de crédit et la liquidité redeviennent des variables centrales. Selon l’environnement, des obligations plus courtes, des placements monétaires ou des instruments indexés sur l’inflation peuvent jouer un rôle plus important.
Pour la Suisse, cette évolution est également importante. Le franc et la solidité des finances publiques restent des facteurs de stabilité. Mais la hausse des rendements mondiaux peut aussi toucher les investisseurs suisses, à travers les fonds obligataires internationaux, les valorisations des actions ou les effets de change. Le message principal est donc clair : les obligations n’ont pas disparu. Mais leur rôle dans un portefeuille doit être analysé avec davantage de précision.
Par Pierre-Yves Piccand