
Market Weekly - L’offensive chinoise dans l’IA
La concurrence dans l'intelligence artificielle vient de la Chine
La concurrence dans l’intelligence artificielle a longtemps été présentée comme une course aux modèles les plus performants, aux meilleures puces et aux centres de données les plus puissants. Dans cette course, les États-Unis semblaient disposer d’une avance nette. Mais la Chine attaque désormais sur un autre terrain : non seulement par les progrès technologiques, mais aussi par des coûts d’utilisation nettement plus faibles et des modèles plus largement accessibles.
Des modèles moins chers
Cette évolution apparaît dans plusieurs développements récents. Selon le « Financial Times », l’entreprise chinoise Moonshot AI a lancé Kimi K3, un modèle dont les capacités sont désormais comparées à celles de certains modèles américains de premier plan, comme ceux d’OpenAI ou d’Anthropic. En parallèle, les modèles de DeepSeek, Z.ai ou Alibaba gagnent en importance. Beaucoup sont dits « open-weight ». Ils peuvent être téléchargés, exploités sur une infrastructure propre et adaptés à des usages spécifiques. Ils remettent ainsi progressivement en question le modèle fermé de nombreux fournisseurs américains.
L’offensive chinoise passe surtout par les prix. Le coût par token devient central. Un token correspond, de manière simplifiée, à une unité de texte, de code ou de données traitée par un modèle d’IA. Plus les entreprises utilisent l’IA dans le service client, le développement logiciel, la recherche interne ou l’analyse de données, plus ce coût devient important. Le « Financial Times » cite des données d’OpenRouter montrant que les modèles chinois ont déjà dépassé leurs concurrents américains en termes d’utilisation hebdomadaire de tokens cette année. Les mêmes données indiquent aussi que plusieurs modèles chinois coûtent nettement moins chers par million de tokens de sortie que les modèles propriétaires américains.

Mais la tendance est claire : la Chine n’est plus seulement un suiveur dans la course à l’IA.
Evolution ambivalente pour les marchés
Pour les entreprises, le calcul change. Toutes les tâches ne nécessitent pas le meilleur modèle disponible. Un modèle moins coûteux peut suffire pour de nombreux usages, tandis que les systèmes les plus performants restent réservés aux applications les plus complexes. C’est précisément là que se situe le défi pour les fournisseurs américains. Si les modèles chinois deviennent suffisamment performants pour de nombreuses tâches courantes tout en restant beaucoup moins chers, les prix élevés des acteurs américains seront davantage remis en question.
Pour les marchés, cette évolution est ambivalente. D’un côté, une IA moins chère peut accélérer son adoption et soutenir la demande en infrastructures, en puissance de calcul et en applications. De l’autre, la concurrence chinoise par les prix touche un point sensible : les valorisations élevées de nombreux gagnants occidentaux de l’IA reposent sur l’idée que cette technologie générera durablement des marges importantes. Si la performance par token devient plus rapidement moins chère que prévu, une partie de ces attentes pourrait être mise sous pression.
Une tendance claire
Les entreprises américaines conservent une avance dans les tâches les plus complexes. Les acteurs chinois font aussi face à des obstacles, notamment l’accès limité aux puces les plus avancées, les risques géopolitiques, les questions de protection des données et l’incertitude réglementaire. Mais la tendance est claire : la Chine n’est plus seulement un suiveur dans la course à l’IA. Elle attaque là où les entreprises sont particulièrement sensibles – sur les coûts. La concurrence se déplace ainsi de la seule performance des modèles vers l’efficacité, la capacité de passage à l’échelle et le prix.
Par Gian-Simone Soltermann