
Comment réussir sa transmission d’entreprise
« Il s’agit de la responsabilité de l’entrepreneur »
« Je suis toujours dans l’émotion. Même vingt ans après. Prendre la place de son papa, s’asseoir à son bureau pour le remplacer, sont des moments particuliers et touchants. » David Martinetti se souvient de cet instant précis où il a pris les rênes de l’entreprise familiale, avec son cousin William. Une génération succédait à l’autre au sein de Martinetti Group SA.
La semaine passée, vendredi 2 octobre 2026, l’entrepreneur de Martigny a partagé son expérience durant la Foire du Valais. Devant près de 400 personnes, il était l’un des invités du traditionnel Rendez-vous de la Transmission d’entreprise. L’événement est organisé conjointement par la Banque cantonale du Valais (BCVS), la Fédération des entreprises romande Valais (FER), le Bureau des Métiers, et Relève PME.
Une histoire familiale
L’objectif est de sensibiliser et d’informer les entreprises sur l’importance de ce processus long, complexe. Les échanges et les témoignages des dirigeants sont enrichissants ; ils partagent les bonnes pratiques et leurs observations.

Prendre la place de son papa, s’asseoir à son bureau pour le remplacer, sont des moments particuliers et touchants.
Dans ce sens, la position de David Martinetti est significative. Il était dans la peau d’un repreneur en 2005. Aujourd’hui âgé de 56 ans, il est déjà dans celle du cédant. Le processus a débuté. « Une société est toujours en train d’évoluer. La vie d’un entrepreneur passe très vite. J’ai commencé à réfléchir à ma succession », explique ouvertement le patron. Et forcément, reprendre ou transmettre une PME n’est pas tout à fait la même chose. Les responsabilités et les attentes peuvent différer. Même si finalement, la mission fondamentale demeure identique : pérenniser l’entreprise.
En Suisse, 42 % des entreprises sont transmises aux enfants. Un tel chiffre illustre, au-delà des obligations économiques, une autre réalité : une entreprise, c’est un récit, des hommes et des femmes, des émotions. L’histoire des Martinetti est de celle-là. Trois frères, Raphaël, Jimmy et Etienne fondent la société en 1966 dans un petit garage de 25 m2. Ils deviennent une référence en Romandie dans le secteur des structures pour l’événementiel et développent, parallèlement, le domaine de la construction métallique. « En privé ou professionnellement, nous avons toujours partagé beaucoup de choses en famille. C’est tout naturellement que la question de la succession s’est posée à l’interne. J’étais le premier garçon de la génération suivante. Il y avait une grande attente », reconnaît David Martinetti.
De la transparence et de la préparation
Tout ne se réalise pas en un claquement de doigts. Une transmission réussie s’anticipe et se prépare activement. Les experts évoquent dix ans, des premiers questionnements à la concrétisation du projet. Au sein d’une famille, ce n’est pas un processus facile pour autant. Car il faut s’ouvrir personnellement, parler sans tabou, en toute transparence et honnêteté. Même si David avoue volontiers que sa position de repreneur était favorable. « Le cédant est un parent, on se laisse un peu guider, avec beaucoup de respect. Mon papa et mes oncles donnaient le tempo. Moi, j’ai peu réfléchi à l’époque. »
Rien ne m’a procuré plus de plaisir que les séances matinales avec mon cousin. On buvait le café, on discutait des choses de l’entreprise et de la vie. Je n’ai jamais désiré diriger une entreprise tout seul.
David Martinetti et son cousin William ont repris une entreprise de trente employés. La société en compte aujourd’hui quatre-vingts. Les co-directeurs, dans leurs nouvelles fonctions, ont grandi au même rythme que leur PME. Ils ont dû convaincre le personnel et la clientèle de leur légitimité. La période d’adaptation est nécessaire, à la fois pour les dirigeants et les collaborateurs. La transmission familiale assure une continuité, en termes d’identité et de valeurs partagées. Il faut savoir que 95 % des entreprises cédées en bonne et due forme sont toujours actives sur le marché cinq ans plus tard. Le dirigeant insiste sur un élément : l’importance de travailler en équipe. « Rien ne m’a procuré plus de plaisir que les séances matinales avec mon cousin. On buvait le café, on discutait des choses de l’entreprise et de la vie. Je n’ai jamais désiré diriger une entreprise tout seul. »
Economie
626’000
entreprises sont actives en Suisse, dont 624'000 sont des PME.
Succession
100'000
de ces entreprises sont à transmettre dans les cinq ans, dont 4'500 en Valais.
Anticipation
47 %
des patrons concernés n’ont pas encore débuté les démarches de transmission.
De repreneur à cédant
L’un des enfants de David Martinetti travaille pour la société. Comme son papa, il est parti faire ses armes ailleurs, pour mieux revenir, enrichi de cette expérience. Comme son papa, il est naturellement pressenti pour reprendre l’entreprise. Dans cette optique, le boss a changé de casquette. Et donc de rôle. C’est lui désormais le capitaine, celui qui porte le projet, qui donne la direction à suivre, avec cette responsabilité de faire les choses bien, justes. Ceci implique de disposer de nombreuses compétences, notamment fiscales, juridiques et financières, que les cédants n’ont pas toujours. Savoir s’entourer des bonnes personnes est essentiel. « Elles apportent un autre regard. Nous avons beaucoup à apprendre des autres, qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises expériences », relève David Martinetti.
Préparer sa succession prend du temps. De quoi occuper les journées et les nuits, parfois, car la société ne s’arrête pas de tourner. Il donnera le temps qu’il faut à son fils, qui doit tracer son propre chemin. Surtout, il ne désire pas lui offrir un cadeau empoisonné. En clair, il doit s’assurer que la société se porte bien, est viable et peut perdurer dans l’avenir. C’est le cas aujourd’hui. « Nous avons pu développer notre entreprise. J’espère que la génération suivante aura aussi cette chance », souhaite David Martinetti. Et ne compter pas sur lui, au moment de la retraite, pour s’accrocher à la fonction. « Je serai volontiers présent pour prodiguer quelques conseils, mais jamais je ne donnerai un ordre à la nouvelle génération. » Servir et disparaître.
Je serai volontiers présent pour prodiguer quelques conseils, mais jamais je ne donnerai un ordre à la nouvelle génération.
Rendez-vous de la Transmission de l’entreprise - Foire du Valais - Martigny - 2 octobre 2026
Cet événement a trouvé sa place dans l’agenda chargé de la Foire du Valais, dont la BCVS est sponsor principal. Il conjointement organisé par la BCVS, la FER-Valais, le Bureau des Métiers et Relève PME.
Le Groupe Devillard, spécialiste de l’impression, de l’informatique, de la GED et de la cybersécurité en Suisse romande a témoigné de son expérience. Il s’agit d’une entreprise familiale. Mais contrairement à Martinetti Group SA, elle a choisi la voie de la transmission MBO (management buy-out). Les propriétaires ont cédé l’entreprises à deux cadres, devenus actionnaires majoritaires.
Par Bertrand Crittin 




