23 Mars 2026
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Market Weekly - Enjeux énergétiques autour du détroit d'Ormuz

Bryan Perruchoud Par Bryan Perruchoud
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Fermeture du détroit d’Ormuz : qui sont les plus exposés ?

Le détroit d’Ormuz constitue l’artère vitale des exportations pétrolières du Golfe. La quasi-totalité du pétrole koweïtien, qatari, bahreïni et irakien y transite, contre 90 % pour l’Iran, 60 % pour les Émirats arabes unis et 50 % pour l’Arabie saoudite. Seul Oman dispose d’une véritable voie de contournement alternative, ce qui lui confère une position stratégique unique dans la région. 

Plus de 80 % de ces exportations sont destinées à l’Asie, dont la Chine est le premier importateur mondial. Pékin reste néanmoins relativement protégé : il disposerait d’environ un an de réserves stratégiques, et les flux transitant via Ormuz ne représentent en réalité que moins de 5% de sa consommation énergétique totale. Disposer d’un tel stock stratégique est un véritable facteur d’anti-fragilité pour un gouvernement face aux chocs géopolitiques. L’Inde, également exposée, bénéficie quant à elle d’une alternative russe rendue accessible par l’allègement récent des sanctions américaines.
 

L’Europe est vulnérable

L’Europe apparaît structurellement plus vulnérable. Importateur net d’énergie, contrairement aux États-Unis, qui sont aujourd’hui exportateurs nets, elle dépend fortement du GNL qatari ainsi que du pétrole saoudien et irakien transitant par le détroit. Ce risque est aujourd’hui amplifié par des niveaux de stocks de gaz particulièrement bas en cette fin de période hivernale, laissant peu de marge de manœuvre en cas de choc d’approvisionnement soudain. 

Une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz constituerait un choc d’offre mondial dont personne ne sortirait gagnant.

Gestionnaire Advisory & Négociant en bourse, Sion, BCVS

Paradoxalement, l’Iran lui-même serait lourdement pénalisé par une telle fermeture. Environ 50 % de sa production pétrolière est exportée via Ormuz, notamment vers la Chine, tandis que le reste couvre sa propre consommation intérieure. Bloquer le détroit priverait donc Téhéran d’une manne financière absolument essentielle à l’équilibre de son économie. 

Une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz constituerait un choc d’offre mondial dont personne ne sortirait gagnant, ni les importateurs asiatiques et européens, ni les exportateurs du Golfe, ni même l’Iran.