
Market Weekly - La zone euro traverse une passe difficile
Europe : le choc énergétique pèse sur la croissance
La zone euro traverse une passe difficile. Au mois d’avril, les indicateurs sur l’activité économique montrent une contraction pour la première fois depuis seize mois, tandis que les prix continuent de grimper. Un cocktail inconfortable, qui complique la tâche des décideurs politiques européens.
Recul probable du PIB
Pour mesurer la santé d’une économie en temps réel, les économistes utilisent un indicateur appelé PMI ; l’indice des directeurs d’achats. Concrètement, il s’agit d’une enquête menée chaque mois auprès des entreprises et inclut des questions comme : est-ce que votre activité a progressé, stagné ou reculé ? Un résultat au-dessus de 50 signale une expansion, en dessous de 50 une contraction. Or, le PMI actuel - celui pour le mois d’avril - est passé pour la première fois depuis fin 2024 sous ce seuil. Ce signal est important : il laisse entrevoir un recul du PIB de la zone euro au début du deuxième trimestre, après une hausse de 0,2 % annoncée pour le premier trimestre.
Derrière ce retournement, la guerre au Moyen-Orient joue un rôle central. Elle a entraîné une hausse des prix de l’énergie et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui pèse à la fois sur la croissance et sur les prix. C’est le secteur des services qui en souffre le plus directement - restaurants, transports, tourisme, commerce - avec une contraction de l’activité à un rythme comparable à celui observé lors des confinements de début 2021.

La zone euro fait face à un choc simultané sur la croissance et sur les prix.
Une demande artificielle
L’industrie manufacturière présente, elle, un tableau plus nuancé. L’activité s’y maintient, mais pour une raison qui mérite attention : les entreprises reconstituent leurs stocks en urgence, cherchant à sécuriser leurs approvisionnements avant de nouvelles hausses de prix ou des pénuries. Les achats de matières premières ont ainsi atteint leur niveau le plus élevé depuis début 2022. Cette demande est donc artificielle : elle soutient les chiffres aujourd’hui, mais ne reflète pas une reprise réelle de la consommation finale.
En résumé, la zone euro fait face à un choc simultané sur la croissance et sur les prix. Une situation délicate, qui laisse peu de marge de manœuvre aux autorités pour y répondre sans arbitrages difficiles.
Par Neven Barada