
Market Weekly - Le dollar reste dominant, mais son monopole s’effrite
Prix d’énergie : la fin du monopole du dollar ?
Pendant plusieurs décennies, le dollar américain a occupé une place centrale dans le système monétaire international. Cette position reposait notamment sur un accord clé conclu après la Seconde Guerre mondiale entre les États-Unis et l’Arabie saoudite : le pétrole, ressource indispensable à l’activité économique, serait vendu exclusivement en dollars. En contrepartie, Washington garantissait la sécurité du royaume. Ce mécanisme a eu pour conséquence que le reste du monde devait détenir des dollars pour importer de l’énergie, ancrant durablement la devise américaine au cœur des réserves des banques centrales.
Une rupture en 2022
Cet équilibre a été profondément remis en question en 2022. À la suite de l’invasion de l’Ukraine, les sanctions occidentales - gel des réserves russes et exclusion partielle du système SWIFT - ont révélé un risque majeur : les réserves en dollars peuvent être gelées pour des raisons géopolitiques. Dans le même temps, la Russie a commencé à vendre une partie de sa production d’énergie à la Chine et à l’Inde en monnaies locales, rompant avec le monopole du dollar sur les transactions énergétiques.

Les sanctions financières ont accéléré une recomposition du système monétaire mondial, dont les effets devraient se faire sentir durablement.
Face à ce constat, plusieurs pays cherchent à réduire leur dépendance au dollar. Et tandis que des systèmes de paiement alternatifs à SWIFT se développent, certains partenaires historiques des États-Unis explorent désormais des transactions énergétiques hors dollar. La part du dollar dans les réserves mondiales est passée d’environ 60 % au milieu des années 2010 à près de 45 % aujourd’hui, avec une accélération nette après 2022. Ce mouvement reflète une réalité nouvelle : si l’énergie peut être payée dans plusieurs monnaies, le besoin structurel de détenir des réserves importantes en dollars diminue.
L’or, une alternative crédible
Cette diversification ne bénéficie toutefois que marginalement aux autres grandes devises. Le principal bénéficiaire est l’or, dont les achats par les banques centrales se sont nettement intensifiés depuis 2022. Actif tangible et non sanctionnable, il s’impose comme une alternative crédible dans un monde monétaire plus fragmenté. Le dollar reste dominant, mais son monopole s’effrite. Les sanctions financières ont accéléré une recomposition du système monétaire mondial, dont les effets devraient se faire sentir durablement.
Par Mathieu Crettaz