
Market Weekly - Le football, moteur de croissance ?
Coupe du monde de football : quel impact réel sur la croissance ?
La Coupe du monde de la FIFA est l’événement sportif le plus regardé au monde - devant les Jeux olympiques, le Super Bowl ou la Coupe du monde de cricket. Plus de 5 milliards de personnes ont suivi au moins un match de l’édition 2022, et 1,5 milliard ont regardé la finale entre l’Argentine et la France. L’édition 2026, avec davantage d’équipes, de stades et de matchs, devrait encore dépasser ce record d’audience.
Retombées modestes
Mais qu’en est-il de l’impact économique réel ? La FIFA avance une hausse du PIB américain de 17,2 milliards de dollars, soit environ 0,2 % du PIB trimestriel. Les études académiques sont pourtant plus nuancées : les retombées restent généralement modestes et bien en deçà des estimations. Plusieurs facteurs l’expliquent.
La majorité des téléspectateurs regardent depuis chez eux sans se déplacer dans le pays hôte. L’événement tend également à évincer d’autres types de dépenses - les touristes habituels préférant éviter les villes hôtes en raison des prix élevés. Enfin, les effets s’estompent rapidement une fois le tournoi terminé, les habitudes de consommation revenant à leur niveau d’avant la compétition. Au total, l’impact sur le PIB réel du pays hôte est légèrement positif mais statistiquement peu significatif, et quasi nul à long terme.
Paradoxalement, c’est le pays vainqueur, plus que le pays hôte, qui tire le mieux son épingle du jeu. En moyenne, les actions du pays champion surperforment le marché mondial de 3,5 % dans le premier mois suivant la victoire, même si cet effet s’estompe considérablement au bout de trois mois.

Paradoxalement, c’est le pays vainqueur, plus que le pays hôte, qui tire le mieux son épingle du jeu.
La Suisse, un cas différent
Pour la Suisse, le tableau est différent et mérite une attention particulière. Le pays abrite le siège de la FIFA et enregistre tous les quatre ans de fortes recettes liées à la vente de droits télévisés et de licences de marques. Selon les calculs du KOF, l’institut conjoncturel suisse, cela représente environ 0,4 point de PIB supplémentaire les années de grande compétition - un chiffre notable pour une économie de cette taille. L’année suivante, cet effet disparaît complètement, ce qui crée un écart d’environ 0,8 % de PIB entre une année de Coupe du monde et l’année qui suit. C’est pourquoi le KOF publie depuis 2017 deux séries distinctes : un PIB incluant les événements sportifs, et un PIB les excluant, cette dernière offrant une lecture plus fidèle du cycle économique réel.
Par Bryan Perruchoud