
Market Weekly - L’or ne brille pas toujours
Le prix de l'or a chuté
L’or est considéré depuis des siècles comme une valeur refuge. Pourtant, son évolution récente montre qu’un actif perçu comme défensif peut lui aussi fortement fluctuer. Le prix de l’or est tombé récemment à son plus bas niveau depuis six mois, à environ 4’000 dollars l’once. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, il a ainsi perdu plus de 20 %.
L’or ne verse aucun intérêt
À première vue, cette évolution peut surprendre. Les tensions géopolitiques, la guerre et les doutes sur la stabilité du système financier international devraient normalement soutenir l’or. La demande de long terme reste d’ailleurs solide, avec plusieurs banques centrales augmentant leurs réserves depuis plusieurs années. Plusieurs institutions réévaluent également le lieu de stockage de leurs réserves et rapatrient une partie de leur or depuis Londres ou New York.
Le point déterminant est toutefois que l’or ne verse aucun intérêt. Lorsque les anticipations de baisses de taux aux États-Unis diminuent, ou lorsque les marchés commencent même à intégrer de nouvelles hausses de taux, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente. C’est ce mécanisme qui a récemment pesé sur son prix. À cela se sont ajoutées des prises de bénéfices d’investisseurs spéculatifs et des sorties des ETF adossés à l’or, c’est-à-dire des fonds cotés en bourse qui répliquent au plus près l’évolution du prix de l’or. Selon le « World Gold Council », ces ETF ont enregistré des sorties nettes de 55 tonnes entre mars et mai, après neuf mois consécutifs d’entrées.

Dans l’ensemble, l’or reste un ancrage de confiance, mais cette confiance a un prix de marché, et celui-ci peut fortement varier à court terme.
Un outil de diversification
Cette correction ne signifie donc pas que l’or a perdu son rôle. Elle rappelle plutôt que son prix dépend de deux forces différentes : à court terme, les taux, la liquidité et le positionnement des investisseurs ; à long terme, l’incertitude géopolitique, les achats des banques centrales et la recherche de diversification. Cette distinction est essentielle, car une valeur refuge ne garantit pas une trajectoire de prix stable.
Pour les investisseurs suisses, le constat est nuancé. L’or peut compléter un portefeuille en période d’incertitude politique ou monétaire, mais il ne remplace ni les actions ni les obligations. Il s’agit moins d’un placement de rendement que d’un outil de diversification. Dans l’ensemble, l’or reste un ancrage de confiance, mais cette confiance a un prix de marché, et celui-ci peut fortement varier à court terme.
Par Sonia Aymon