22 Juin 2026
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Market Weekly - Pourquoi la Banque centrale européenne relève ses taux ?

Marc Farquet Par Marc Farquet
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Et si le vrai risque était la croissance, et non pas l’inflation ?

La zone euro est la première grande économie à subir les conséquences de la crise au Moyen-Orient. Mais contrairement à 2022, où l’industrie manufacturière avait été la plus touchée, c’est cette fois le secteur des services qui se détériore le plus nettement, tandis que les perspectives industrielles restent stables, voire légèrement plus favorables qu’avant la crise. Cette divergence s’explique d’une part par le pouvoir d’achat des ménages, directement érodé par la hausse du pétrole, ce qui pèse sur les dépenses discrétionnaires (voyages, loisirs) ; et d’autre part par certains secteurs industriels qui ont temporairement bénéficié de commandes de précaution passées en anticipation de pénuries.
 

Faible activité économique

Cette différence ne se limite pas à la répartition sectorielle du choc. Le contexte économique de départ change tout. En 2022, l’économie européenne était dynamique, portée par le rattrapage postpandémie et des tensions inflationnistes déjà à l’œuvre - une véritable tempête parfaite qui avait permis une transmission rapide de l’inflation à l’ensemble de l’économie. En 2026, l’activité économique est faible et les pressions inflationnistes restent largement contenues, ce qui réduit fortement le risque d’une propagation généralisée. Le marché du travail offre une illustration supplémentaire de cette divergence : les indicateurs structurels de tension s’y sont largement résorbés, là où ils étaient sous forte pression en 2022.

Le risque d’un ralentissement marqué de l’activité et d’une remontée du chômage paraît ainsi plus prononcé que celui d’un cycle inflationniste prolongé.

Collaborateur Asset Management & Advisory, Sion, BCVS

C’est dans ce contexte que la Banque centrale européenne (BCE) a pourtant relevé ses taux de 25 points de base en juin. Cette décision doit être lue dans une logique de recalibration de la politique monétaire plutôt qu’un véritable tournant restrictif, l’institution évoquant elle-même un choc persistant mais d’ampleur moyenne.
 

L’exemple français

Reste que la croissance européenne semble aujourd’hui plus exposée que l’inflation elle-même. Le pic du choc pétrolier est probablement déjà derrière nous, et ce dernier vient s’ajouter à un point de départ déjà fragile, dans un contexte où l’Europe fait face à d’autres vents contraires - concurrence chinoise, droits de douane américains. Le risque d’un ralentissement marqué de l’activité et d’une remontée du chômage paraît ainsi plus prononcé que celui d’un cycle inflationniste prolongé. 

La France illustre bien cette fragilité : son économie est déjà en contraction, avec une récession technique qui n’est pas à exclure, et sa croissance des dernières années repose presque exclusivement sur les exportations et la demande publique, la demande interne privée stagnant depuis 2024.

Reste une question de fond : dans un contexte où le choc actuel ne ressemble pas à celui de 2022, où la croissance européenne est déjà fragile et où l’endettement public des États membres laisse peu de marge de manœuvre budgétaire, cette hausse de taux était-elle réellement justifiée ou la BCE a-t-elle agi par excès de prudence face à un risque inflationniste qui, cette fois, pourrait s’avérer secondaire ?