
Market Weekly - Pourquoi les marchés actions progressent
Les marchés font comme si de rien n’était, mais jusqu’à quand ?
Soixante-et-un conflits étatiques actifs en 2024, niveau record depuis 1946. Deux-mille-sept-cents milliards de dollars de dépenses militaires mondiales, hausse la plus forte depuis des décennies. Des chaînes d’approvisionnement sous tension et une fragmentation géoéconomique qui s’accélère. Les signaux ne manquent pas. Et pourtant les marchés actions continuent de progresser.
L’explication avancée est généralement celle de la croissance structurelle. L’intelligence artificielle (IA), la numérisation, l’électrification : les marchés anticipent les gains de productivité que tout cela va générer, et les valorisations le reflètent. La géopolitique ? Du bruit de fond. Ce n’est pas faux. Mais ce raisonnement occulte quelque chose d’important : les tensions actuelles ne restent plus confinées aux champs de bataille. Elles touchent directement l’économie : les prix de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, les décisions d’investissement des entreprises. L’exemple de l’industrie allemande est parlant : depuis 2022, sa production a décroché de sa tendance historique et ne remonte pas. Ce n’est pas un choc conjoncturel, c’est une rupture structurelle.

Les marchés valorisent aujourd’hui des bénéfices futurs dans un scénario de normalisation. Si ce scénario ne se matérialise pas, la correction peut être rapide.
Un positionnement fragile
La logique derrière le positionnement actuel sur les actions interpelle également. Les marchés ne les favorisent pas par conviction, mais plutôt faute d’alternative. En effet, les obligations souffrent de dettes publiques en hausse et de rendements sous pression. Les actions s’imposent par défaut. C’est compréhensible. Mais un positionnement par défaut reste fragile. Le détroit d’Ormuz fermé, c’est un choc d’offre énergétique qui se propage : les prix du pétrole et du gaz remontent, les coûts de production augmentent pour les entreprises industrielles, les marges se compriment. Si la situation persiste, le mécanisme de transmission vers les résultats d’entreprises est direct : d’abord les secteurs énergo-intensifs, ensuite, via l’inflation, les coûts salariaux, enfin la consommation. Les marchés valorisent aujourd’hui des bénéfices futurs dans un scénario de normalisation. Si ce scénario ne se matérialise pas, la correction peut être rapide.
Par Clara Cialini