
Market Weekly - Quand la géopolitique impacte les marchés
Géopolitique et marchés : tous les conflits ne provoquent pas le même choc
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a de nouveau tendu les prix de l’énergie. Le Brent s’approche des 100 dollars le baril et a progressé d’environ 20 % en juillet. Dans le même temps, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, a de nouveau fortement reculé. La situation géopolitique reste donc sérieuse. Pourtant, les marchés actions demeurent jusqu’ici relativement calmes.
La guerre en Ukraine : choc énergétique et surprise totale
La différence essentielle avec 2022 tient au mécanisme économique. La guerre en Ukraine a constitué, pour l’Europe en particulier, un choc énergétique direct. Très rapidement, la question a porté sur l’approvisionnement en gaz, les prix de l’électricité, la production industrielle, l’inflation et le risque de récession. Le conflit frappait donc immédiatement le socle économique européen.
Dans le cas de l’Iran, le risque porte pour l’instant surtout sur la hausse du pétrole et sur les perturbations des routes de transport. Tant que cela ne se transforme pas en choc d’offre durable et généralisé, l’impact sur les marchés actions reste plus limité.
Il faut aussi tenir compte de l’effet de surprise. En 2022, l’invasion russe a représenté une rupture majeure. Les marchés ont dû réévaluer simultanément le risque de guerre en Europe, les sanctions, les pénuries d’énergie et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. L’incertitude était donc considérable. Au Moyen-Orient, l’instabilité géopolitique est en revanche un risque malheureusement bien connu. Les marchés réagissent ainsi de manière plus sélective et se concentrent avant tout sur une question : les flux énergétiques seront-ils durablement perturbés ?

Les marchés réagissent surtout fortement lorsque la géopolitique se transforme en choc économique direct.
Les marchés boursiers résilients
Le contexte macroéconomique est lui aussi différent. En 2022, l’inflation était déjà élevée, les chaînes logistiques restaient fragiles après la pandémie et les banques centrales s’apprêtaient à relever leurs taux. La guerre en Ukraine a donc agi comme un accélérateur. Aujourd’hui, l’Europe a davantage diversifié ses sources d’énergie, et le marché sait que toute escalade géopolitique ne débouche pas automatiquement sur une récession mondiale. Cela explique pourquoi le pétrole a réagi fortement, alors que les marchés boursiers restent pour l’instant plus résilients.
Dans ce contexte, la vraie question n’est pas de savoir si le conflit est grave, mais s’il débouchera sur un choc d’offre durable. C’est là que réside également le principal risque pour l’Europe et la Suisse. Si le détroit d’Ormuz devait rester durablement perturbé, les prix de l’énergie, les coûts d’importation et les pressions inflationnistes pourraient repartir à la hausse.
Au total, une leçon se dégage : les marchés ne réagissent pas de la même manière à chaque guerre. Ils réagissent surtout fortement lorsque la géopolitique se transforme en choc économique direct.
Par Steve Moretti